Ibiza, son histoire

L’île avec ses baies verdoyantes, ses vallées dont les failles laissent surgir de nombreuses sources d’eau, ses collines et monts forestiers est peuplée à l’âge Néolithique, par des peuples assez méconnus dont la seule chose que nous connaissons aujourd’hui de ces derniers est que sur les plans linguistique et culturel ils ne sont ni indo-européens ni sémitiques.

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La préhistoire

L’époque préhistorique est assez vague et peu connue. Ce que nous pouvons affirmer aujourd’hui est que vers 5000 av J-C plusieurs petites sociétés étaient éparpillées sur l’île. En 3000 av J-C, les premiers éleveurs de moutons, de chèvres de suidés et de bovidés peuplaient l’île. Quelques artisans habiles en poterie et jarre développaient ces activités.

En 2000 av J-C, le coulage métallurgique est maîtrisé, et l’île commence à créer ses premiers villages. C’est entre 1600 et 1400 avant J-C que la civilisation d’El Argan prend le contrôle des îles Baléares, offrant leur savoir faire concernant la maitrise de l’irrigation.

Ibiza et son influence Phénicienne

C’est à l’époque Phénicienne (VIIème siècle avant J-C) que l’histoire d’Ibiza commence.

Les navigateurs Phéniciens entrèrent en contact avec ces populations unifiées ; ces échanges apportent un filage et un tissage plus raffiné, une extension des capacités des poteries, une maîtrise du feu et l’introduction de la verrerie. Commence alors une exploitation du bois assez excessive, notamment pour le bois de chauffe ou de cuisson sous la forme de charbon de bois.

Ibiza bénéficie d’une situation géographique très privilégiée. En pleine mer méditerranée, le contact commercial fût largement ouvert dans toutes les régions alentours grâce notamment au port construit par ces Phéniciens. Les premières marchandises à être échangées et/ou vendues étaient le murex, le sel, le marbre, le plomb et l’échange de victuailles fraîches en utilisant la technique du cabotage maritime. Ibiza (Ibossim) disposait de sa propre monnaie.

Grâce aux phéniciens, des milieux urbains ont vu le jour et naissaient alors, des échanges ente l’île et les régions extérieures.

C’est en l’an 654 avant J-C qu’Ibiza fût fondée sous le nom d’Ibossim avec un nombre d’habitants (les Bosoim ou būsim) avoisinant les 5000 vers le Vème siècle avant J-C.

Suite au déclin de la métropole phénicienne, réduite par les Assyriens, Ibiza passa sous le contrôle Carthaginois, la plus grande colonie phénicienne méditerranéenne, qui exerce son autorité sur l’Ibérie méridionale dite «phénicienne» régie sous les lois de la capitale Akra Leuca (Alicante).

Selon certains historiens grecques, tels que Timée de Tauroménion, des navigateurs grecques fréquentèrent les rivages de l’île Ibossim. Une cohabitation étant peu probable, connaissant les violences des guerres entre grecques et phéniciens notamment en Méditerranée Occidentale, il réside un mystère assez important concernant ces échanges. Toujours est-il que selon Plutarque, c’est aux grecques que revient l’attribution du surnom des « île Pityuses » à l’archipel d’Ibiza et Formentera, dû à l’abondance de conifères sur ces îles (de pins essentiellement.)

Phéniciens et grecques
Phéniciens et Grecques
Routes commerciales phéniciennes
Routes commerciales phéniciennes
Terracota Siiiac - Puig des Molins
Terracota Siiiac - Puig des Molins
Terracota Siiiac - Puig des Molins
Terracota Siiiac - Puig des Molins
Déesse Tanit
Déesse Carthaginoise Tanit
Soldat Carthaginois
Soldat Carthaginois
Monnaie Romaine à Ebusus
Monnaie Romaine à Ebusus

Ibiza la romaine

Après la chute de Carthage, Ibiza devint romaine et modifiait le nom de l’île sous « Ebusus (masculin) » d’après Pline l’Ancien ou Tite-Live. Cependant, ce nom se transformera en nom féminin « Ebusa » qui inspirera ensuite les catalans pour « Eivissa », les castillans pour « Ibiza » ou encore les arabes pour « Yābisa »

Cependant, malgré une colonisation des îles Baléares par les romains, ces derniers ne feront qu’occuper les îles Pityuses, et ne les coloniseront pas. En effet, la population résidente restait d’origine punique à l’exception de quelques marchands et marins gréco-romains.

En 100 après J-C, les romains firent profit du commerce du sel, et s’engagèrent dans un vaste projet de plantation de pins, suite à une certaine déforestation causée par les besoins de bois notamment pour la construction de galères. Avant ces aménagements artificiels qui verdissent les abords et parfois les pentes intérieures, Ibiza et Formentera dévoilent surtout leurs escarpements rocheux et leurs terres argileuses, couvrant une large gamme de rouges. Mais avec l’érosion, ces aspects sauvages et colorés, appréciés par les peintres nordiques, réapparaissent facilement.

Ibiza, longtemps enviée par sa position maritime, n’a pas été épargnée par le vandalisme des byzantins, des musulmans et des vandales.

Les 4 siècles de domination musulmane

L’arrivée en l’an 711 des musulmans influencera la population locale qui se convertit à l’islam.

Les berbères d’Afrique apportèrent leur culture, leurs coutumes, leurs habitudes alimentaires, marquant la ville de leurs empruntes même au travers des constructions, notamment avec l’apparition des premiers moulins à vent. L’influence vestimentaire des femmes du Maghreb se retrouve également dans les costumes Ibicencos.

Soldat arabe
Soldat arabe

Documentaire coup de coeur

1er sujet : L’histoire phénicienne d’Ibiza, ses sites classés au patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 1999 avec l’interview d’un archéologue.
1er intersujet : Les marais salants de « Ses Salines » réputés dans le monde entier pour la qualité de leur production de sel.
2eme sujet : La fête du 1er mai de Santa Eulalia, foloklore, artisanat seront conviés pour participer à cette fête traditionnelle.

La conquête et reconquête Chrétienne catalane puis espagnole

Ce n’est pas un hasard si Ibiza, Formentera et Minorque, ainsi que les rivages de Majorque, déjà mis à sac et colonisés par quelques tribus berbères servant les intérêts des maîtres, sont envahies sans résistance par le roi chrétien norvégien Sigurd Ier de Norvège dit le croisé de 1108 à Formentera et Ibiza au printemps 1110 à Minorque sur le chemin de sa croisade vers Jérusalem, après qu’il eut libéré SintraLisbonne et Alcácer do Sal. Lui et ses hommes pourtant disciplinés pillent avec méticulosité les villages et les villes arabo-musulmanes. Au terme de cette curée, Sigurdr écrit pour remettre ses conquêtes sous domination chrétienne. Mais après le départ des Croisés nordiques, libérateurs sans le vouloir d’un joug oppressant, les îles, acceptant plutôt concorde et paix avec les Chrétiens que soumission, souhaitent s’émanciper.

La véritable reconquête chrétienne, celle-là initialement violente et intolérante, fut préparée patiemment et menée par Jacques Ier le Conquérant, roi d’Aragon, qui s’empare de Palma de Majorque en 1229. Le souverain institue des baux emphytéotiques accessibles à une petite paysannerie colonisatrice, cultivatrice de froment, pour assurer la nourriture de la nouvelle ville chrétienne de Palma et des autres villes catalanes.

Ibiza, toujours sous le contrôle des arabes en 1235, devait alors faire régir Jacques 1er le Conquérant. Ce roi décide de chasser ce peuple de l’île.

Guillem de montgri, Archevêque de Tarragona, Nunò sanç et Pedro de Portugal furent alors chargés de diriger des troupes.

C’est ainsi que les arabes furent expulsés.

Débute alors au 8 août 1235 la domination Catalane d’Ibiza!

Ibiza faisait alors partie du Royaume de Majorque appartenant à la couronne d’Aragon. Celle-ci, recevait alors, le peuple catalan.

De 1235 à 1276, Ibiza et Formentera sont intégrées d’abord par des intérêts privés (agissant au nom du roi et des investisseurs), puis par les deux pouvoirs, royal et épiscopal, de plus en plus hégémoniques après 1239, dans le cadre de la couronne d’Aragon. Elles quittent ce giron administratif pour intégrer le royaume de Majorque, dont la capitale continentale est Perpignan, et obtiennent un statut mixte, favorable aux libertés religieuses, aux échanges et aux commerces interethniques, y compris les marchés d’esclaves, pendant une décennie de 1276 à 1286. Après une petite décennie de retour à la couronne de 1286 à 1295, Ibiza reprend son statut semi-autonome antérieur. Après 1343, les îles du royaume majorquin sont unies à la couronne d’Aragon et remises définitivement à la province chrétienne Tarraconaise.

Au XVIème siècle, Giovanni Battista Calvi fût nommé, par le roi Philippe II, Responsable de la construction d’une muraille tout autour de la ville afin de la protéger des attaques turques. Par la suite, ce projet fût pris en charge et modifié par Giacomo Paleazzo.

L’île, malgré tout, restait le siège de nombreuses attaques de pirates, et de corsaires sarrasins.

Les églises alors, servaient de refuges pour les habitants. Des tours de surveillance furent mises en place sur la côte, pour pouvoir donner l’alerte lorsqu’une embarcation ennemie était vue.

C’était l’époque légendaire de Barbe Rouge, époque très bouleversée par maintes attaques d’embarcations, par l’esclavage, les vols…

Toute cette agitation s’étalait sur quatre siècles entre le XVIème et XIXème siècle.

Durant une longue période, Formentera, île voisine d’Ibiza fût le refuge des pirates et corsaires.

Il faut savoir que l’Etat encourageait ces derniers aux attaques et pilliages des Pays ennemis. L’insécurité et les confilit politiques entretenait cette situation dans la méditérannée….

Ibiza avait elle-même ses propres pirates. On retrouve encore aujourd’hui, un monument érigé en leur honneur face à la station maritime.

En 1792, Ibiza est titrée Ville.

En 1890, création de la Province de Baléares et Ibiza rejoint ses cinq autres communes :

Au XIXème siècle, apparaît une forte émigration vers l’Amérique du Sud. Trop de misère en est la cause.

Majorque et l’Algérie reçoivent elles aussi le pleuple ibicenco.

Plus récemment, une guerre civile en 1936 est témoin de la domination d’Ibiza par l’armée, révoltée contre le gouvernement de la république. Espagnole.

Croisade Norvégienne de Sigud 1er 1107 - 1111
Croisade Norvégienne de Sigud 1er 1107 - 1111
Jacques Ier d'Aragon
Jacques Ier d'Aragon
Royaume de Majorque XIII-XIV
Royaume de Majorque XIII-XIV
Vieille ville fortifiée d'Eivissa
Vieille ville fortifiée d'Eivissa
Plage de Cala Benirras - Sant Joan de Labritja - Ibiza - To-ibiza.com
Rassemblement hippy à Cala Benirras
Mode Hippy Chic des 70's
Fly me I'm Famous - Vueling
Développement du tourisme

Ibiza de nos jours, une île fort attractive

C’est surtout dans les années 1950 que l’île renoua avec les liaisons régulières au continent. L’essor touristique reprend, encadré par une législation pointilleuse, tout comme l’essor démographique, avec les résidences d’artistes, le tourisme familial et aussi, faut-il ne pas l’occulter, l’arrivée de nombreux proscrits, déserteurs et marginaux. Ainsi, en 1955, les chiffres officiels avancent 14 000 voyageurs.

Les beatniks américains, individualistes forcenés, débarquent après 1962. Une minorité d’entre eux violente, parfois agressive à la suite de comportements d’extase en eux-mêmes, se fait remarquer de manière outrancière, mais elle fait oublier une majorité discrète, cool, qui n’affiche aucun signe distinctif. Ces beatniks suivent en fait le courant de marginaux, et rejoignent des déserteurs plus ou moins fortunés, parfois d’anciens insoumis de la guerre de Corée ou du Vietnam. Ils affluent après 1965 alors que le flux hippy, insignifiant en 1963, ne cesse de grossir, rejoint par les déserteurs pacifistes et autres insoumis américains. Une décadence touristique et commerciale est déjà observable. C’est pourquoi la bohème internationale s’étiole, commence d’abandonner l’île paradisiaque. Puis la quête des plaisirs facile sans morale s’impose, avec le début d’une spéculation immobilière, confisquant les rivages et instaurant un début de bétonnage.

Les premiers groupes, pourtant très isolés de jeunes hippies, dépassant rarement la trentaine, ne passent pas inaperçus au cours de l’été 1963. Les habitants les nomment rapidement « los peluts », c’est-à dire « les chevelus ». Et ils se remarquent facilement, portant comme ailleurs souvent des bracelets voyants, des habits démesurément amples aux couleurs psychédéliques, des tuniques indiennes, des jeans unisexe. Ils maintiennent leur chevelure par des bandanas ou bandes de tissus colorées, Ces groupes hédonistes, parfois en oppositions larvés ou se disputant en longues discussions virulentes, sont des adeptes de fêtes planantes dans un climat de liberté et de promiscuité sexuelle, déambulent pieds nus ou en sandales et se déshabillent sans complexe. Les hommes gardent très souvent une longue barbe. Hommes et femmes pratiquent le nudisme intégral sur la plage, jouent de la musique et du tambour en saluant bizarrement le coucher de soleil. Sans mentionner les prêches scandalisés des curés en chaire sur les bonnes mœurs universelles bafouées ou les récriminations haineuses incessantes des hôteliers face à de tels mauvais clients, dédaignant en retour leur service vicelard, basé sur le « fric » et squattant effrontément les plages communes, faut-il reprendre la diatribe métaphorique des journalistes locaux, affidés il est vrai au régime d’ordre en place, dans le Diario de Ibiza du 5 septembre 1963 : elle emploie les expressions « troupeau dégingandé et amoral », « déchet social », « scorie d’inadapté ».

Pourtant, le déferlement hippie, d’origine européenne, se déroule surtout de 1969 à 1974. Cette population flottante, d’emblée pacifique, qui possède en son sein un noyau de penseurs polyglottes et moult personnalités d’un niveau d’études très supérieures à la moyenne médiocre de l’île est déjà exécrée par les autorités. Ces rassemblements hétérogènes, formés de groupes aux intérêts forts divergents prônent le retour à la nature, la mode vestimentaire libre, les diètes (macro)biotiques (ils sont adeptes du bio avant la marque, rejetant tous pesticides ou insecticides, et s’affirment très souvent végétariens ou végétaliens). Ils pratiquent de manières fort diverses, les sagesses orientales, mélangées à des croyances astrologiques. La Guardia civil est débordée, jour et nuit, elle procède à des expulsions et multiplie harcèlements, vexations, persécutions collectives et humiliations personnelles. Heureusement, les habitants qui perçoivent plutôt des consommateurs fiables et enthousiastes, vantant leur harmonieuses productions agro-pastorales dans et au-delà de l’île, incitent avec une fermeté discrète les responsables administratifs ou policiers à plus de tolérance et de souplesse. Néanmoins les groupes persécutés fuient vers les lieux moins policés, envahissant pacifiquement le nord de l’île et Formentera. Les autorités jouent l’outrance en essayant d’affoler la population paysanne : affolée par l’importance diabolique de regroupements humains décrits par les autorités civiles et religieuses, elle prend peur. Les affrontements sont alors violents en juillet 1971 à Santa Eulalia entre 300 hippies et l’ensemble des forces de sécurité de l’île, puis durant le reste de l’été avec des commandos de choc de la Guardia Civil patrouillant à bicyclette sur Formentera. À chaque opération d’envergure est associée une liste d’une cinquantaine d’arrestations fermes, correspondant sans doute à la capacité de réclusion/rétention légale des autorités.

Les années de crise qui suivent 1973 voit les rassemblements hippies se réduire, puis les groupes voyageurs ou résistants installés se disloquer. Il est vrai que les individus qui vieillissent sont moins soutenus par leurs familles. Ils doivent rentrer dans la société active, parfois alors quelques rares couples restants s’installent sur l’île choisie ou des isolés, jeunes hommes ou femmes s’associent à des partenaires ibiçencos, inaugurant des mariages et des familles nouvelles. Les hippies, qui n’ont jamais formé de communauté au sens sociologique ni érigé des lois de solidarités coutumières à l’image des groupes humains soudés, s’évanouissent du paysage ou se fondent dans la masse. Mais les derniers présents renoncent assez rarement ou à contre cœur à une autonomie de choix ou indépendance créative, dans le domaine de l’agriculture biologique, la construction et de l’artisanat de qualité, de l’habillement, de la décoration et du maquillage. Ces activités diverses ont prospéré dans le cas où elles rencontraient par son efficience la demande locale et surtout leurs productions suscitaient l’attrait touristique.

Au début des années 1970, la jet-set fait aussi irruption. Une société interlope riche, jouant parfois ostensiblement la carte d’un style hippy chic et mondain « de plastico » se lance dans des fêtes extravagantes. L’île se lance dans l’illusion du conformisme, de concert avec une frénésie de spéculation immobilière, entraînant l’appropriation privée des rivages, un vulgaire et intense bétonnage, une hausse foncière exponentielle, une violation permanente des lois ou principes anciens d’aménagement et de construction, par négligence, cupidité affairiste ou fraude crapuleuse.

En 1960 on compte 37 000 touristes, en 1961 41 000, en 1963 63 000 puis, au début des années 1970, 350 000 ; ensuite on dépasse le million à la fin des années 1980. Dans les années 1990, la fréquentation touristique varie de 1,5 million à 2 millions, avec une baisse en 1991/1992. L’été 2010 atteint plus de 2,4 millions de visiteurs. Le tourisme est devenu l’activité dominante, avec la fréquentation en résidence secondaire.

Les enfants des familles paysannes et, parfois, les petits agriculteurs, rejoignent alors les rangs des employés du bâtiment ou de la construction en équipements, ou ceux du commerce et des nombreux services, municipaux ou privés, à vocation touristique.